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Atypik'Eyes
Ne jamais se fier...aux apparences... tout juste...aux intuitions... tout juste...aux émotions...
Ne croyez pas savoir qui je suis.
Moi-même je me surprends chaque jour.
Chercher.
Trouver.
Découvrir.
Curiosité.
Voyage(s)...intérieur(s).
Je quittai la capitale pour revenir dans le Sud.
J’effectuais le trajet seule.
Très peu de passagers étaient à bord.
Surprenant aussi…
Et me voilà collée au hublot, avant même le décollage et jusqu’à la dernière seconde de l’atterrissage. J’ai vécu un rêve éveillé.
Un rêve qui a commencé sur le tarmac d’Orly. Huit avions prêts à s’envoler vers des destinations différentes. Le mien en cinquième position. J’ai ainsi pu observer le ballet de ces oiseaux de
fer…roulant…se dirigeant…s’arrêtant…se préparant…mettant les gaz…fonçant…décollant…s’éloignant…
Et tous ces gens à bord…
Toutes ces vies…qui allaient quelque part…où je ne les suivrai pas.
Ma route était ailleurs, et déjà mon avion se préparait à s’élancer.
Délice du bruit du moteur vrombissant.
Délice de la puissance qui vous entraîne à toute allure.
Délice de l’envol où l’on quitte le sol pour rejoindre le ciel…
Où l’on quitte la terre pour rejoindre les airs…
Où je quittai la réalité pour rejoindre mes rêves…
Les paysages défilaient sous moi…
Des lieux de vie où tant de gens encore continuaient leur quotidien…
En face de moi, un peu plus haut, un autre avion suivait sa route, longeant la nôtre.
Nos chemins en parallèle….
Des vies en plein ciel…
Quelqu’un d’autre peut-être qui de cet avion-là suivait des yeux le mien.
Et d’un sourire amusé je me dis que j’étais bien gamine.
Tellement gamine que je me retenais de taper sur l’épaule de mon voisin de devant pour lui montrer comme c’était beau. Et mon rêve devenait de plus en plus « réel ». Les nuages étaient là, partout, au-dessous de nous, sous un ciel magnifiquement bleu.
Je pénétrais dans un autre monde. Un monde imaginaire. Et là où d’autres ne voient que des nuages, des masses de vapeur d’eau dans l’atmosphère, hé bien moi je voyais un autre
monde.
Des paysages magiques…
Des lacs…
Des montagnes…
Des plaines…
Des villes…
Une cathédrale…
Un château…
Un volcan en éruption…
Un monde en dégradé de couleurs bleu-blanc-gris...
Mais ma plus belle « rencontre », ma plus grande excitation, inoubliable : un « hippocampe du ciel »…
Je me sentais comme un chercheur qui vient de faire la découverte de sa vie. Combien de personnes en effet, on pu approcher un
hippocampe du ciel ? Combien d’ailleurs ont déjà essayé ? Très peu sûrement, des rêveurs comme moi.
Il était là…immense…majestueux…
Ses formes dessinées à merveille.
Le détail impressionnant de ses écailles.
La finesse de sa tête.
La douceur de son regard.
Il était immense.
Immensément beau…
Il poursuivait sa route comme moi la mienne. Il resterait en plein ciel et moi je regagnerai le sol. Je le perdais des yeux petit à petit, mais il ne quitterai pas mes pensées, car comme toutes
les belles images que l’on veut éternelle, je l’avais déjà glissé dans le tiroir de mes souvenirs. Je le perdais, mais de vue seulement.
Nous amorcions la descente et tout doucement, et en pénétrant à travers les nuages, en les traversant, je quittais ce monde imaginaire et j’apercevais à nouveau la terre ferme. Mais le spectacle
était loin d’être terminé.
J’ai d’abord cru avoir un voile devant mes yeux, trop d’éblouissement venu du ciel qui aurait altéré ma vision. La terre était ocre…superbement ocre…magie de la lumière du soleil couchant. Ses
derniers rayons semblaient embraser le paysage.
Montpellier approchait et nous allions nous y poser en effleurant la mer… La magie opérait encore. On apercevait la Camargue…. L’étang de Thau… Sète et le mont Saint Loup… L’infinité de
l’horizon… Cette mer calme… Ce soleil…se couchant sur ce lit d’émerveillement…
Beaucoup s’étonneront des émotions qui m’ont submergées à ce moment-là, mais je ne pouvais que les vivre et mes yeux scintillaient, ma gorge était nouée et des frissons parcouraient mon corps. Je
venais de vivre un rêve éveillé que j’avais du mal à quitter. Je n’en revenais pas moi-même d’avoir « vécu » une telle intensité. Le temps était passé au ralenti. Cette heure m’avait
semblé avoir duré quelques minutes à peine… Comment exprimer tout ceci sans susciter l’amusement et faire sourire.
A peine dans les bras de ceux qui m’attendaient, les yeux encore brillants et excitée comme une enfant qui vient de voir le Père Noël, je racontai aussitôt mon aventure extraordinaire. Et les
visages rieurs qui m’écoutaient, me renvoyaient respectueusement cette image de moi…celle d’une éternelle enfant et d’une douce rêveuse.